L'inondation de 1960 : témoignages

Mansac: Il y a plus de 50 ans, l’inondation d’octobre 1960 à la Rivière
 La Vézère a noyé la plaine de la Rivière sous plus de 1m50 d’eau.
 Le niveau atteint sert de référence pour déterminer la zone inondable du PPRI et du PLU.
 
     Témoignage de madame Claude Sauvageot née Froidefond.
         Inondation de la maison de ses grands-parents située 3 rue principale à la Rivière
 
« Mon mari et moi, nous étions arrivés la veille de la région parisienne, pour quelques jours de vacances, dans la maison qui a abrité mon enfance. Il avait beaucoup plu et nous pensions que la Vézère risquait de sortir de son lit. Cela ne nous inquiétait pas, mes grands-parents et moi, étions habitués à voir occasionnellement les prés inondés vers le pont du Gour. Les chambres étant situées à l’étage, ce n’est qu’au petit matin que nous avons découvert l’ampleur de la montée des eaux.
Le tiers inférieur de l’escalier était déjà noyé et l’eau atteignait le niveau du haut de la table de la cuisine. Nous étions prisonniers à l’étage, sans provisions. Ma grand-mère les rangeait dans le placard du coin de la cuisine entre le mur et la grande cheminée, le cantou. Comme j’étais plus leste qu’aujourd’hui, je pris la décision d’enjamber la rampe de l’escalier, d’atterrir sur le dessus de la table, encore hors d’eau, toute proche. De là, je montai sur le haut du buffet ce qui me permit d’atteindre la porte du placard. Je sortis quelques provisions et, reprenant le chemin inverse, parvins à les faire passer à mon mari. Je rejoignis ensuite les naufragés de la maisonnée à l’étage. Nous pûmes ainsi attendre la décrue.
Après un bon ménage de la cuisine et de la salle à manger, la vie reprit son cours, la Vézère aussi. Depuis cette date historique, la maison n’a jamais à nouveau été inondée. La table mesurant environ un mètre de haut, c’est le niveau maximum atteint. Le puits, près de la porte d’entrée, fut lui aussi empli d’eau boueuse. L’adduction d’eau potable ne fut mise en service que quelques jours plus tard. Ma grand-mère accueillit d’ailleurs bizarrement l’agent venu pour cette occasion, lorsqu’il lui annonça : « Bonjour madame, je viens pour l’eau. » Pensant qu’il venait pour l’inondation, elle lui répliqua : « Il est bien temps, maintenant que la Vézère s’est retirée ».
 Aujourd’hui, 50 ans plus tard, cette maison est la mienne, et j’y viens toujours avec plaisir, sans crainte de l’inondation. »
 
      Témoignage de M. Jean-Claude Chantalat
domicilié à Tulle qui, suite à un article paru dans la Montagne à l’occasion de la pose du repère de crue au stade, a fait parvenir son témoignage sur l’inondation et sur la longue et angoissante nuit qu’il a vécue avec sa famille, ainsi que la photo du sauvetage de ses sœurs par la gendarmerie.
 
« Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1960, après une période de pluies importantes, de graves inondations ont frappé la Corrèze. J’avais 19 ans et je travaillais à Tulle comme pâtissier. Je me trouvais chez mes parents, bénéficiant de mon repos hebdomadaire. Ils habitaient une petite maison près de la Vézère au lieu-dit « la Vergnassade » commune de Saint-Pantaléon-de-Larche.
En fin de soirée du dimanche, la Vézère était sortie de son lit et grossissait rapidement. Je suis allé à la gendarmerie pour avoir quelques précisions et pour savoir si la situation était préoccupante. Les gendarmes m'ont rassuré… Je suis donc reparti, mais je n'ai pas pu regagner mon domicile par la voie normale, complètement inondée, j’ai donc emprunté les prés situés plus haut. L’eau avait envahit la maison et le niveau augmentait régulièrement et rapidement.

Mes petites sœurs, âgées de 6 ans, « flottaient» sur un lit, mes parents étaient montés sur une table avec le chien et un porcelet que j’avais récupéré!!! Situation cocasse maintenant, mais complètement dramatique alors. Prenant

conscience du danger, j'ai percé le plafond et hissé ma famille dans le grenier (sans oublier chien
 et porcelet). Ensuite je suis allé jusqu'à l'étable voir les vaches. Elles n'avaient que la tête hors  de l'eau.
 Une était déjà morte. J'ai détaché les autres et, comme nous, elles ont survécu.
Sur le matin, et depuis la nationale, nous avons entendu des voix dans un haut-parleur, peut- être des
 gendarmes, qui voulaient savoir si nous étions toujours là. J'ai répondu que tout le monde était sain
 et sauf et que ma famille était refugiée dans le grenier. On a donc envoyé un hélicoptère pour hélitreuiller
 mes sœurs et ma mère, que j'ai fait monter sur le toit. Je suis allé jusqu'à Larche à la nage où l'on
m'attendait pour avoir de plus amples nouvelles tandis que mon père restait en attendant la décrue.
Nous avons tout perdu. Nous avons été accueillis quelques temps dans une famille, puis relogés par
la mairie, dans le bourg de Larche. Quelques années plus tard, mes parents ont fait
 construire une maison à « la Vergnassade » (sur un terrain moins à risques!!!!).

En toute modestie, je vous fais part de ma « décoration »  de la médaille du « courage et du dévouement »remise par le préfet, M. Blanc, lors d'un comice agricole !!!!  Des années ont passé mais je me souviendrai toujours de cette nuit du mois d’octobre 1960.

   J’ai une pensée pour tous les gens de Vendée et de Charente-Maritime qui viennent de vivre un drame.
                                                                                                Tulle, le 29 mars 2010 »

 

 

 

 Témoignage de Jean-Pierre Vedrenne.

 

Il habitait la maison la plus proche de la Vézère sur la RD 39, avant l’entrée de la Rivière
 
JOURNEE DU LUNDI 3 OCTOBRE 1960
18 h-18 h 30 : De passage à pied au pont du Gour, je constate que la Vézère est à ras bord, ce qui est fréquent en cette période pluvieuse, mais rien d’alarmant.  
19 h-19 h 30 : Mon père constate que la Vézère a brusquement débordé; elle arrive à la petite grange (près de la bretelle aujourd’hui). A partir de ce moment, elle progresse très vite, à vue d’œil. Avec mes parents, nous mettons en sureté volailles et lapins à l’étage, dans la petite grange et la vieille maison. Mon père calle et bouche « les barriques » de vin dans la cave.
21 h- 22 h : Nous évacuons les vaches et les veaux à la ferme Faye (Aujourd’hui résidence adaptée derrière la salle polyvalente).
23 h   : Nous avertissons la ferme Pouch/Vedrenne (au Chauzin, après le stade de rugby). Ils se réveillent, mais ne sont pas inquiets, la Vézère n’ayant jamais inondé la maison. Au retour, l’eau arrive dans le chemin, entre le stade annexe de rugby actuel et la garenne.
Minuit : l’eau traverse la route entre la maison et la grange.
 
JOURNEE DU MARDI 4 OCTOBRE   
 L’eau continue à monter toute la nuit, se stabilise vers le matin, puis repart à la hausse pour atteindre son apogée en milieu de journée.
Elle arrive alors 5 à 10 cm au-dessus du seuil de la porte d’entrée. La maison est inondée, cave, séjour et cuisine, et nous vivons à l’étage. Dans la journée, un hélicoptère intervient aux Escures de Terrasson pour effectuer une évacuation. Il nous survole et tourne au-dessus de la maison avant de s’éloigner. Au plus fort de la crue, ce qui frappe, c’est l’uniformité : reliefs gommés, plus de clôtures et de haies apparentes, et aussi le bruit de l’eau, le courant est très fort. Sont charriés arbres, bois, paille, animaux, bidons… la meule de paille, « le pailler », devant la maison est emportée et sera récupérée au Chauzin.
 
JOURNEE DU MERCREDI 5 OCTOBRE
 Le 5 au matin, nous sommes réveillés par mon oncle du Mas de Terrasson qui vient aux nouvelles : l’eau passe encore un peu sur la route.
 A 7 h, l’eau ne traverse plus la route et la Vézère regagnera ensuite rapidement son cours.
 
 
ANECDOTES
 Dès minuit, le lundi 3 et jusqu’au mercredi 5 octobre à 7 h, il nous a été impossible de quitter la maison : il y avait plus d’un mètre d’eau sur la route avec un courant violent.
Au réveil, le mardi 4, les gens de la Rivière ont été surpris par cette inondation que personne n’avait prévue.
A la ferme Pouch/Vedrenne, au Chauzin, dans la nuit du 3 au 4 octobre, et en urgence, le bétail a été transféré dans « le séchoir à tabac » près du chemin. Les vaches ont passé la nuit et la journée du lendemain dans l’eau jusqu’au ventre.
         
 Par rapport à 1960, la route a été rehaussée lors de travaux en 1974/1975 d’environ 20 cm, mais pas le seuil de ma maison.
Depuis 1960, la cave a été en partie inondée plusieurs fois, mais pas la cuisine, et la Vézère n’a jamais traversé la route. En 2001,  elle a atteint le bord du goudron côté amont de la route.

 

   André Richard raconte le sauvetage de Noël Vedrenne, isolé dans son hangar au Chauzin.

 
« Dans la journée du 4 octobre, au plus fort de la crue, Noël Vedrenne était resté seul avec la moitié de son troupeau de 15 vaches. Il les avait, en toute hâte, au cours de la nuit du 3 au 4, transférées dans le séchoir à tabac construit au bord du chemin, plus haut que l’étable où les bêtes se seraient probablement noyées.  [Certaines effrayées s’étaient échappées dans les prés ou s’étaient enlisées dans la vase et il n’avait pu toutes les regrouper dans le hangar.]*
Les autres membres de la famille avaient rejoint La Rivière, tant que cela était encore possible. Lui était resté avec ses vaches et il était maintenant complètement bloqué par la crue et le courant. A midi, il y avait 2 m 50 d’eau dans la cour [et il ne savait pas nager.]*
 La décision fut prise, à quelques-uns, de lui venir en aide. J’avais un bateau, en fait une barque, mais il était attaché au bord de la Vézère, en aval de la digue, et bien inutile en la circonstance. (L’amarre se rompra et je le retrouverai plus tard à Condat-sur-Vézère, dans une vigne). Je savais que monsieur Neyrat avait un bateau sur son étang (derrière les HLM actuels), près de sa maison, sans doute la plus belle de la Rivière à l’époque.
Avec Jean Labrousse, je suis allé voir ce monsieur pour lui présenter notre demande qu’il a acceptée assez rapidement. Nous avons transporté le bateau sur un des chariots en fer de la gare, utilisé pour déplacer les marchandises ou les bagages sur le quai. Arrivés au coin de la place (du 19 mars aujourd’hui) près de laquelle l’eau de la Vézère arrivait, nous avons mis l’embarcation à flot. Les curieux étaient nombreux. Après avoir quitté nos vêtements, nous avons embarqué en slip. Nous étions trois : Jean-Pierre Gauthier, équipé d’un long bâton en guise de perche, Jean Labrousse muni d’une pelle faisant office de gouvernail, et moi-même, le mieux loti, puisque j’avais une vraie rame. Je connaissais bien les lieux et j’ai proposé de contourner la garenne, plus touffue qu’aujourd’hui, qui nous mettrait à l’abri du courant, et d’aller jusqu’à l’entrée du pré (en face des tennis actuels). J’avais remarqué, deux jours auparavant, que le passage était ouvert. De là, nous nous laisserions porter par le courant jusqu’à la ferme. Il était en effet important d’éviter les piquets de clôture et les barbelés dissimulés par l’eau dont le niveau était de près de 1m70 au-dessus du sol. Mon plan a bien fonctionné jusqu’à l’entrée du pré.
C’est là que les choses se sont compliquées : soudain la barque n’a plus avancé. Pire, elle portait sur quelque chose et tanguait dangereusement. Je rattrapai par l’épaule Jean Labrousse qui avait failli basculer dans l’eau, déséquilibré par le choc. Il  en échappa sa pelle qui disparut dans les flots. Nous étions posés sur un piquet. J’appris plus tard que la clôture avait été refermée par le père Faye avant l’inondation. Doucement, en faisant osciller le bateau et avec l’aide de la perche, nous avons réussi à nous dégager et à reprendre notre progression, aidés par le courant.
Comme prévu, nous avons atteint la porcherie du Chauzin, et ensuite, à l’abri des bâtiments, nous  sommes arrivés au séchoir à tabac où nous attendait Noël Vedrenne, bien content d’être secouru. Les vaches du hangar [et celles restées dans le courant ou les prés]*, furent toutes indemnes, mais passèrent la journée entière dans l’eau jusqu’au poitrail.
Le retour s’est bien passé, malgré la surcharge du bateau, car Noël était costaud. Nous avons navigué au-dessus du chemin inondé, depuis le portail actuel, jusqu’à la place où nous avons rejoint la terre ferme et retrouvé nos vêtements.»

 

     *Quelques précisions apportées par Bernard Vedrenne après la lecture du témoignage d’André Richard.
 
Bernard Vedrenne, le fils de Noël Vedrenne, qui avait 4 ans et demi à l’époque, se souvient de son évacuation avec sa mère, par la fenêtre, vers 10h. L’eau montait alors à 1m50. Elle atteindra ensuite le haut des volets, à 2 m50.
Les 15 vaches qui avaient passé de longues heures dans l’eau, pourtant  toutes sauves, furent abattues pour cause de fièvre aphteuse et de douve, suite à l’inondation, quelques temps plus tard. La famille ne fut pas indemnisée pour les dégâts et les pertes, pour d’obscures raisons administratives.

 

 

Pour surveiller le niveau de la crue en cas de montée des eaux, on peut consulter le site Internet : http://www.dordogne.equipement.gouv.fr/crudor/index.htm
 et cliquer sur la station de Larche. On peut voir la carte de la zone inondée.
 On peut également s’abonner gratuitement au réseau d’alerte par SMS, sur le même site, et choisir à partir de quel niveau on veut être averti. 
 
QUELQUES CRUES HISTORIQUES MESUREES A LA STATION HYDROLOGIQUE DE LARCHE
 
04 octobre 1960 :     5.94 m (1329 m³/s)
08 décembre 1944 : 4.90 m (822 m³/s):
06 juillet 2001 :         4.54 m (678 m³/s)
19 avril 1964 :           4.50 m (663 m³/s)
06 janvier 1982 :       3.90 m (464 m³/s)
07 janvier 1994 :       3.83 m (443 m³/s)
 
Côte d'alerte :           3.10m (dép.19) 2.65m (dép.24)